Depuis le 1er janvier 2026, le Maroc applique une nouvelle version de l’Instruction Générale des Opérations de Change, plus connue sous le nom d’IGOC 2026. Derrière cet intitulé technique, la réforme apporte des marges de flexibilité très concrètes pour les particuliers, les entreprises, les start-ups, les étudiants à l’étranger et les opérateurs du digital.
L’idée n’est pas de supprimer le cadre de contrôle, mais de l’adapter à des usages internationaux devenus plus fréquents : déplacements, paiements digitaux, abonnements logiciels, développement à l’étranger ou financement d’études. Voici les points à retenir pour comprendre ce qui change réellement.
IGOC 2026 : de quoi parle-t-on exactement ?
L’IGOC 2026 est la nouvelle instruction publiée par l’Office des Changes pour encadrer les opérations en devises. Elle met à jour les plafonds autorisés et précise plusieurs règles applicables aux flux vers l’étranger.
- Une entrée en vigueur au 1er janvier 2026
- Un objectif de simplification pour les usages courants
- Une volonté de soutenir le digital et l’international
- Un cadre toujours supervisé par l’Office des Changes
Que couvre la réglementation des changes ?
La réglementation des changes encadre l’utilisation des devises, les transferts vers l’étranger, les paiements internationaux et certains investissements hors du Maroc. En pratique, on ne mobilise pas librement des devises sans respecter des plafonds et des conditions fixés par la réglementation.
- Paiements par carte bancaire marocaine à l’étranger
- Achats de services en ligne en devises
- Frais de voyage, de santé ou d’études
- Investissements et dépenses professionnelles à l’international
Voyages personnels : un plafond désormais jusqu’à 500 000 DH
C’est la mesure la plus visible de la réforme. La dotation voyage personnelle peut maintenant atteindre jusqu’à 500 000 DH par personne et par an, ce qui marque une hausse importante des capacités de dépenses en devises pour les déplacements à l’étranger.
- Hôtels, restaurants et transport
- Shopping et dépenses quotidiennes
- Soins médicaux ou urgences sur place
- Paiements via carte internationale marocaine
Comment fonctionne la nouvelle dotation voyage ?
La dotation se compose d’une base automatique de 100 000 DH par an, à laquelle peut s’ajouter une dotation complémentaire calculée à hauteur de 30 % de l’impôt sur le revenu payé au Maroc, avec un plafond additionnel de 400 000 DH.
- Base annuelle automatique : 100 000 DH
- Complément : 30 % de l’IR payé
- Plafond du complément : 400 000 DH
- Plafond total maximal : 500 000 DH par an
Exemple simple : un contribuable ayant payé 200 000 DH d’IR peut obtenir 60 000 DH supplémentaires. Sa dotation globale passe donc à 160 000 DH sur l’année.
Voyages d’affaires : les entreprises gagnent aussi en souplesse
Les entreprises bénéficient elles aussi d’un relèvement des plafonds de dépenses internationales pour les déplacements professionnels. Cela facilite la prospection commerciale, la participation à des salons ou les missions de représentation à l’étranger.
- Plafond porté à 1 million DH par an pour les sociétés sans compte en devises
- Plafond porté à 1,5 million DH par an pour les opérateurs catégorisés
- Plus de fluidité pour financer les équipes en mission
- Un cadre mieux adapté aux entreprises actives à l’international
E-commerce et services digitaux : la marge augmente
L’IGOC 2026 accompagne aussi les usages numériques. Pour les particuliers et les MRE, la dotation e-commerce passe de 15 000 DH à 20 000 DH par an. Cela vise directement les abonnements logiciels, les achats en ligne et les services digitaux facturés en devises.
- Abonnements à des outils comme Canva, ChatGPT ou Google Workspace
- Dépenses publicitaires sur Meta Ads ou Google Ads
- Achats de logiciels et services SaaS
- Paiements sur plateformes internationales
Start-ups : un cap plus ambitieux pour l’international
Les start-ups technologiques sont parmi les principales bénéficiaires de la réforme. Leur dotation e-commerce est portée à 2 millions DH par an et elles peuvent investir à l’étranger jusqu’à 10 millions DH par an, sans condition d’ancienneté et sans certification des comptes.
- Dotation e-commerce relevée de 1 à 2 millions DH
- Investissements à l’étranger possibles jusqu’à 10 millions DH
- Mesure favorable aux projets SaaS, IA et tech
- Moins de friction pour se déployer sur des marchés extérieurs
Étudiants à l’étranger : une prise en compte du coût réel de la vie
Les frais de séjour des étudiants sont également revalorisés. Le plafond mensuel passe à 15 000 DH, contre 12 000 DH auparavant, afin de mieux refléter la hausse du logement, du transport et du coût de la vie dans les grandes villes étudiantes.
- Nouveau plafond : 15 000 DH par mois
- Ancien plafond : 12 000 DH par mois
- Une mesure plus réaliste pour les familles concernées
- Un meilleur alignement avec les charges de séjour à l’étranger
Plus d’ouverture, mais pas une liberté totale
L’IGOC 2026 ouvre davantage de possibilités, mais ne supprime pas les exigences de contrôle. Les plafonds, les justificatifs, la traçabilité et le suivi des transferts restent des éléments centraux du dispositif.
- Les plafonds réglementaires demeurent applicables
- Les opérations peuvent nécessiter des justificatifs
- Les banques conservent un rôle de filtrage et d’exécution
- La conformité reste essentielle pour éviter blocages ou refus
Quels impacts pratiques pour les particuliers et les entreprises ?
Le gain principal est la flexibilité. Mais cette flexibilité demande aussi une meilleure organisation : identifier les plafonds applicables, anticiper les besoins documentaires et suivre correctement les opérations internationales.
- Plus de fluidité pour voyager et payer à l’étranger
- Meilleure capacité à acheter des services digitaux
- Soutien concret aux entreprises innovantes
- Nécessité d’un pilotage rigoureux pour rester conforme
En pratique, le vrai enjeu n’est pas seulement de connaître les montants. Il est surtout de comprendre les règles d’usage, les conditions bancaires et les bons réflexes de conformité pour éviter tout blocage opérationnel.
Sources : Maroc Diplomatique, Médias24, FNH, Le Desk