Le lundi 19 octobre 2026, la Cheffe du gouvernement, Fatima-Zahra El Mansouri, a présenté devant les deux Chambres du Parlement le programme du nouveau gouvernement pour la législature 2026-2031. Cette première intervention, prévue par l'article 88 de la Constitution, fixe la feuille de route de l'Exécutif pour les cinq prochaines années.
Le programme s'articule autour de sept priorités, de la consolidation de l'État de droit à la construction d'une économie capable de financer les ambitions sociales du pays. Il affiche aussi un changement de méthode : passer du volume des investissements à leur rendement, et de la multiplication des programmes à leurs résultats concrets.
Au-delà des mesures sociales, largement relayées (aide directe portée à 1 000 DH, pension minimale à 3 000 DH), plusieurs annonces concernent directement les chefs d'entreprise : fiscalité, investissement, commande publique, emploi des jeunes et secteurs porteurs.
Cet article fait le point sur le volet économique du programme et sur ce qu'il pourrait changer pour les TPE, PME et investisseurs. Une précision s'impose : il s'agit d'orientations et d'objectifs, et non de mesures en vigueur. Le gouvernement indique lui-même que ses engagements seront mis en œuvre progressivement, en fonction du réalisme d'exécution et de la soutenabilité des finances publiques. Leur traduction concrète passera par les lois de finances successives, à commencer par celle de 2027.
Le cap macroéconomique : croissance et finances publiques
Le gouvernement fixe quatre objectifs chiffrés pour la législature :
| Indicateur | Objectif annoncé |
|---|---|
| Croissance annuelle moyenne (2027-2031) | 5 % |
| Inflation annuelle | Environ 2 % |
| Déficit budgétaire (2026-2031) | Environ 3 % du PIB |
| Dette publique en 2031 | Environ 62 % du PIB |
Pour mémoire, le cadrage présenté en Conseil des ministres le 17 octobre table sur une croissance de 4,7 % fin 2026 et une inflation autour de 0,7 %.
L'équation est exigeante : il s'agit de financer des engagements sociaux importants (aides directes, pensions, logement) tout en maîtrisant le déficit et l'endettement. Pour y parvenir, l'Exécutif mise sur une accélération durable de la croissance, une meilleure rentabilité des investissements, l'élargissement de l'assiette fiscale, une plus grande efficacité de la dépense publique et la restructuration des établissements et entreprises publics.
Pour les entreprises, l'élargissement de l'assiette fiscale est un signal à suivre. Il peut passer par la lutte contre l'informel, le renforcement des contrôles ou la réduction de certaines exonérations.
Fiscalité : une réforme progressive de l'IR annoncée
Le programme prévoit une réforme progressive de l'impôt sur le revenu, avec un double objectif : augmenter le revenu net des salariés et encourager l'emploi déclaré.
À ce stade, aucun nouveau barème, seuil d'exonération ni calendrier n'a été annoncé. Pour rappel, le barème actuel, issu de la loi de finances 2025, exonère les revenus jusqu'à 40 000 DH par an et plafonne le taux marginal à 37 %.
Pour les employeurs, une telle réforme aurait un impact direct sur la paie : calcul de la retenue à la source, net versé aux salariés et coût des politiques salariales. Elle pourrait aussi renforcer l'intérêt de l'emploi déclaré par rapport à l'informel.
Investissement privé : un rôle central pour les entreprises
L'objectif affiché est de porter la part du secteur privé aux deux tiers de l'investissement national.
Pour y parvenir, le gouvernement annonce :
- la poursuite de la Charte de l'investissement et l'accélération des projets déjà conventionnés ;
- la poursuite de la réforme des Centres régionaux d'investissement (CRI) ;
- un accompagnement spécifique des TPME en matière de financement, de garanties et d'accès à la commande publique ;
- une mobilisation accrue des financements bancaires et non bancaires en faveur de l'investissement productif, de l'innovation, de l'industrie et de l'export ;
- la dynamisation des marchés financiers et la mobilisation de l'épargne nationale.
Plusieurs observateurs relèvent toutefois que cet objectif est repris sans échéance ni trajectoire annuelle, et que la réforme des CRI n'est pas assortie de mesures précises de simplification administrative, comme le remplacement de certaines autorisations par des cahiers des charges.
Les dispositifs existants, comme le dispositif de soutien aux TPME issu de la Charte de l'investissement, restent au cœur de la stratégie. Le CRI demeure la porte d'entrée pour les porteurs de projets.
Commande publique : 30 % des marchés réservés aux PME
C'est sans doute l'annonce la plus concrète pour les PME. Le gouvernement prévoit d'instaurer une obligation légale réservant 30 % de la valeur des marchés publics aux petites et moyennes entreprises marocaines. L'objectif est de faire de la commande publique un levier de développement du tissu productif national.
Cette mesure s'accompagne d'un renforcement des contrôles sur les marchés publics, notamment contre les ententes dans les appels d'offres, et d'une réforme de l'organisation des marchés visant les monopoles et les intermédiaires opportunistes, en coordination avec le Conseil de la concurrence.
Sa portée réelle dépendra des modalités qui seront retenues :
- la définition des entreprises bénéficiaires (seuils de chiffre d'affaires, d'effectif…) ;
- les conditions de participation aux appels d'offres ;
- les mécanismes de contrôle ;
- la capacité des PME à exécuter des marchés publics, notamment en matière de trésorerie et de garanties.
Pour les PME, c'est une opportunité à préparer dès maintenant : dossier administratif à jour, attestations fiscales et sociales disponibles, références clients, et une trésorerie capable de supporter les délais de paiement publics.
Emploi des jeunes et entrepreneuriat : des objectifs chiffrés
Le gouvernement part d'un constat préoccupant : environ 2,9 millions de jeunes de 15 à 29 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation, le chômage des 15-24 ans atteint 29,2 %, et près de 300 000 élèves quittent chaque année l'école sans qualification.
À partir de 2027, un programme national d'accompagnement doit permettre :
| Objectif | Volume annuel |
|---|---|
| Formation de jeunes selon les besoins des entreprises | 100 000 |
| Premières expériences professionnelles | 100 000 |
| Capacité de formation par apprentissage | 150 000 à 200 000 |
Le programme prévoit également l'accompagnement de 60 000 entreprises (incubation, financement, garanties, accès aux marchés publics) et la création d'un « passeport de mobilité » pour les personnes qui trouvent un emploi hors de leur région de résidence, complété par une offre de logements locatifs abordables.
Pour les entreprises qui recrutent, ces annonces laissent entrevoir de nouveaux dispositifs d'aide à l'embauche et à la formation. Leur articulation avec les dispositifs actuels, comme IDMAJ (ANAPEC) ou TAHFIZ, reste à préciser.
Les secteurs mis en avant
Le programme identifie plusieurs secteurs stratégiques, porteurs d'opportunités d'affaires :
| Secteur | Objectif ou orientation annoncés |
|---|---|
| Énergies renouvelables | Plus de 52 % du mix énergétique en 2030, hydrogène vert, infrastructures gazières |
| Eau | 1,8 milliard de m³ issus du dessalement d'ici 2031, accélération des barrages |
| Tourisme | Nouvelle feuille de route 2027-2030, objectif de 26 millions de touristes en 2030 |
| Agriculture et agroalimentaire | Part des semences nationales portée de 20 à 50 %, reconstitution du cheptel |
| Logistique et maritime | Grands projets portuaires, zones industrielles et logistiques, flotte commerciale nationale |
| Numérique | Cybersécurité, intelligence artificielle, soutien aux startups |
| Industrie | Réduction de la dépendance aux importations, émergence d'une industrie de défense |
La Coupe du monde 2030 reste un accélérateur majeur, notamment pour le tourisme, le BTP et les services.
Les autres annonces à suivre pour les entreprises
- Retraites une réforme globale des régimes est annoncée, en concertation avec les partenaires sociaux, avec un minimum de pension relevé progressivement à 3 000 DH. Son financement sera déterminant, et ses effets éventuels sur les cotisations restent à connaître.
- Protection sociale la poursuite de la généralisation de l'AMO et l'élargissement de l'indemnité pour perte d'emploi.
- Régions des transferts financiers vers les régions portés à au moins 12 milliards de DH à partir de 2027, et des contrats-programmes liés à l'emploi et à l'investissement.
- Marocains du monde une politique intégrée pour faciliter leur participation à la vie nationale et leur contribution au développement du pays, avec des mesures pour encourager le retour des compétences.
Des annonces à des degrés de maturité différents
Le programme se distingue par le nombre d'objectifs chiffrés, qui permettront de suivre l'action du gouvernement. Toutes les annonces n'en sont cependant pas au même stade :
| Type d'annonce | Exemples | Ce qu'il reste à faire |
|---|---|---|
| Prolongement de politiques existantes | Charte de l'investissement, réforme des CRI, généralisation de l'AMO | Poursuivre et accélérer la mise en œuvre |
| Nouvelles mesures nécessitant une loi | Réserve de 30 % des marchés publics aux PME | Rédaction et adoption des textes |
| Réformes à négocier et à chiffrer | Réforme de l'IR, réforme des retraites | Concertation, arbitrages budgétaires et calendrier |
Et maintenant ? Le PLF 2027, premier test
Le calendrier des prochains jours est serré :
| Date | Étape |
|---|---|
| 19 octobre 2026 | Présentation du programme gouvernemental au Parlement |
| 20 octobre 2026 | Dépôt du projet de loi de finances 2027 à la Chambre des représentants |
| 22 octobre 2026 | Discussion et vote de confiance sur le programme gouvernemental |
| À partir du 23 octobre 2026 | Présentation et début de l'examen du PLF 2027 |
Le PLF 2027 constituera le premier test de cohérence entre les ambitions affichées et les moyens réellement mobilisés. Selon les orientations déjà publiées, son volet fiscal privilégie la stabilité du système et la consolidation des réformes engagées, avec notamment l'intégration des garanties fiscales liées à la Coupe du monde 2030.
Les grandes réformes annoncées, comme celle de l'IR, pourraient donc s'étaler sur plusieurs lois de finances. Nous suivrons l'examen du texte et ses éventuels amendements.
Récapitulatif : ce qui pourrait changer pour votre entreprise
| Thème | Annonce | Ce qu'il faut surveiller |
|---|---|---|
| Fiscalité | Réforme progressive de l'IR, élargissement de l'assiette | PLF 2027 et lois de finances suivantes |
| Investissement | Deux tiers de l'investissement porté par le privé, réforme des CRI | Évolution des dispositifs de la Charte de l'investissement |
| Commande publique | 30 % des marchés réservés aux PME | Texte de loi et modalités d'application |
| Emploi | 100 000 formations et 100 000 premières expériences par an | Nouveaux dispositifs d'aide à l'embauche à partir de 2027 |
| Financement | Garanties et financements élargis pour les TPME | Nouveaux produits bancaires et publics |
| Social | Réforme des retraites | Impact éventuel sur les cotisations |
Questions fréquentes
Ces mesures sont-elles déjà applicables ?
Non. Le programme gouvernemental fixe des orientations et des objectifs pour la législature. Leur mise en œuvre passera par des lois, des décrets et les lois de finances annuelles.
Quand connaîtra-t-on les premières mesures concrètes ?
Le PLF 2027, déposé le 20 octobre, en donnera une première traduction budgétaire et fiscale. Les réformes les plus lourdes, comme celles de l'IR ou des retraites, nécessiteront des concertations et un calendrier encore à préciser.
La réforme de l'IR va-t-elle baisser les impôts des salariés ?
L'objectif annoncé est d'augmenter le revenu net des salariés. Le barème, les seuils et le calendrier ne sont pas encore connus.
Comment ma PME peut-elle profiter de la réserve de 30 % des marchés publics ?
La mesure doit encore être inscrite dans la loi. D'ici là, il est utile de préparer un dossier administratif complet et de suivre les plateformes de marchés publics.
Les dispositifs actuels d'aide à l'investissement sont-ils maintenus ?
Le programme prévoit la poursuite de la Charte de l'investissement et de la réforme des CRI. Les dispositifs existants restent donc d'actualité.
Conclusion
Le programme 2026-2031 trace une feuille de route ambitieuse : une croissance de 5 % par an, un secteur privé appelé à porter les deux tiers de l'investissement, une place accrue pour les PME dans la commande publique et un effort important en faveur de l'emploi des jeunes.
Reste à transformer ces objectifs en mesures concrètes, chiffrées et calendées. Pour les chefs d'entreprise, l'enjeu est de suivre cette traduction dès le PLF 2027 : fiscalité, aides à l'embauche, marchés publics, financement, autant de leviers qui pourraient évoluer dans les prochains mois. Votre expert-comptable peut vous aider à anticiper ces changements et à saisir les opportunités qui en découleront.